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Dans l’atelier de l’écrivain

« Il me reste une solution : écrire. En écrivant, je pourrai peut-être enfin dire qui je suis, révéler le sucre qu’enveloppe cette chair dure et froide. […] Me voici, tailladant sans relâche la chair dure et coupante des mots qui se pressent dans mon ventre, transpirant pour exprimer ce qu’au fond de moi Haïti veut dire. Me voici, je ferme les yeux, et je suis au bord de la mer Caraïbes, je suis allongé sur la terrasse à l’ombre d’un arbre aux feuilles légères, l’air me caresse le cou. Je me sens bien. »

Ces mots, ce sont ceux de Joseph Meyer, le personnage principal de La saison du confort, un petit roman que j’ai publié au début de l’été.

Je voudrais, dans cet article, vous faire entrer dans l’atelier de l’écrivain, vous montrer ses outils, ses méthodes, son environnement de travail, et ainsi répondre aux questions qui m’ont été posées depuis la parution de ce roman.

Le choix de l’autoédition

En juillet 2017, il y a donc environ un an, j’ai envoyé le manuscrit de La saison du confort à onze éditeurs, de tailles et de notoriétés diverses. Huit m’ont répondu que mon manuscrit ne correspondait pas à la ligne éditoriale blablabla, trois ne se sont pas donnés cette peine. Honnêtement, j’ai conscience que les éditeurs reçoivent des milliers de manuscrits par an, et que dans cet univers hyper concurrentiel il est ardu de se faire une place (pour les auteurs comme pour les éditeurs). Je n’ai donc pas été déçu ; une réponse positive m’aurait beaucoup surpris. Après plusieurs mois pendant lesquels j’ai été pas mal occupé professionnellement, je m’apprêtais à solliciter d’autres éditeurs (il en existe des centaines) lorsque j’ai appris qu’Amazon organisait chaque année (depuis trois ans) un concours d’écriture pour des œuvres inédites et autoéditées : les « Plumes francophones ». J’ai voulu tenter cette expérience, qui m’intéresse d’autant plus qu’elle me permet de comprendre comment fonctionne Amazon, et par là même le monde de l’édition bouleversé par cette multinationale.

Comme la plupart de ceux qui écrivent, je préférerais mille fois que mon roman soit publié par la voie normale – noble – de l’éditeur institutionnel. Mais je suis réaliste. Et je ne me décourage pas pour autant : un jour, peut-être, je parviendrai à toucher un large public, d’une façon ou d’une autre (le nombre d’exemplaires vendus de La saison du confort n’est pas humiliant – notez qu’il est encore disponible ici).

Comment écrit-on un roman ?

« En combien de temps l’as-tu écrit ? », « Qu’est-ce qui t’a inspiré ? », « Comment as-tu appris à écrire ? »… Les questions ne manquent pas, et je ne peux pas toujours y apporter des réponses précises.

L’écriture de ce roman a été un très long processus dont je ne peux retracer toutes les étapes. Certains passages ont été rédigés il y a dix, voire quinze ans ! Avant ce roman, j’ai écrit beaucoup d’autres choses : des morceaux de romans, d’autres achevés mais pas convaincants dans leur globalité, des nouvelles, des articles (notamment ceux de ce blog), des idées vagues jetées sur des bouts de papier, des journaux de voyage, des poèmes… J’y ai abondamment puisé des passages inclus dans La saison du confort, qui peut ainsi s’apparenter à une compilation, ou une mise en ordre de textes divers (peut-être que par moment cet effet patchwork se voit, même si j’espère avoir été assez habile pour le masquer).

Je peux toutefois identifier à l’origine de ce roman quelques idées centrales. Tout d’abord, je voulais parler d’Haïti. J’avais d’ailleurs écrit un essai sur Haïti, une sorte de déclaration d’amour à ce pays, et c’est un ami qui m’a conseillé d’en faire plutôt un roman. Comme j’avais commencé à imaginer l’histoire d’un homme qui disparaissait, j’ai pensé qu’il pouvait avoir disparu… en Haïti. Ce qui me permettait de réutiliser la matière première de l’essai susmentionné.

À partir de là, plusieurs idées se sont agrégées :

– J’avais envie d’écrire un roman d’aventure.

– Depuis longtemps, je voulais raconter une scène en particulier : celle de la « pièce maîtresse ». Lorsque je suis arrivé en Centrafrique en 2009, je suis allé à l’ambassade pour m’y déclarer et obtenir une carte de résident (puis plus tard une carte de séjour). Il manquait une pièce à mon dossier, une pièce que la secrétaire d’ambassade considérait comme la « pièce maîtresse ». Le comique de la situation résidait dans le fait qu’elle n’arrêtait pas de répéter, en boucle, « c’est la pièce maîtresse », « c’est la pièce maîtresse », « c’est la pièce maîtresse ». Elle acceptait toutefois de m’inscrire dans le registre des résidents français en Centrafrique, et de me délivrer la carte qui l’attestait, en me précisant bien qu’il fallait que je transmette au plus vite à l’ambassade la « pièce maîtresse », ce que je fis quelques mois plus tard, contrairement au personnage de mon roman.

– Une autre idée, écrite dans ses grandes lignes bien avant de vivre la scène que je viens de mentionner, mais qui dans le roman en découle, mûrissait dans mon esprit : raconter un enlèvement. C’est la scène qui ouvre le livre.

– Par ailleurs, si Haïti est au cœur du roman, l’Afrique, quantitativement, est probablement autant présente. Mon expérience en Afrique a été marquante, décisive, et je voulais en toucher un mot. Il faudra sans doute un autre roman pour aller plus loin. D’une façon générale, c’est le monde intertropical que je voulais décrire, et la confrontation d’un homme des régions tempérées avec ce monde. Les rencontres intercuturelles nourrissent beaucoup mon imagination.

Enfin, certaines thématiques m’intéressent, et je voulais les explorer. Il en est ainsi de la question du Mal, abordé ici sous l’angle de la corruption. Ce thème fait l’objet d’un autre de mes projets d’écriture qui vivote doucement dans mon ordinateur.

À partir de tous ces éléments, j’ai fini par échafauder le plan de La saison du confort. En deux ou trois ans, le gros œuvre était terminé ; il m’a fallu un an pour les finitions (corriger les fautes, supprimer des passages inutiles, rédiger une transition, ajouter un chapitre, clarifier une description…).

Autobiographique ou pas ?

C’est LA question que l’on me pose systématiquement. Ceux qui me connaissent bien sont catégoriques : la réponse est oui, ce roman est autobiographique. Le personnage principal me ressemble tellement. Même physiquement c’est moi ! En réalité, le caractère autobiographique du roman s’arrête là : ma ressemblance avec le personnage principal. En encore : s’il me ressemble, il n’est pas mon exacte copie (par exemple, contrairement à lui, je n’éprouve aucune forme de culpabilité à être bien né : riche, français, blanc, etc. Je trouve même cette culpabilité assez pathétique, mais elle me semblait être un ressort intéressant à exploiter).

Tout texte parle forcément de soi : que ce soient des mémoires, un journal intime, un roman ou une thèse de mathématiques. Tous ne disent pas la même chose, mais tous en révèlent autant sur son auteur : ses centres d’intérêt, ses désirs, ses frustrations, ses connaissances.

Évidemment, les personnages de La saison du confort vont dans des lieux que je connais, exercent des métiers qui m’intéressent, éprouvent des émotions que j’ai pu éprouver. Mais ce qu’ils vivent, essentiellement, je ne l’ai pas vécu (sauf quelques événements secondaires du roman, qui sont là surtout pour donner une impression de réalisme) : je n’ai jamais été enlevé, je ne désire pas disparaître, je n’y connais à peu près rien en chimie, je ne me suis pas fiancé à une jeune fille qu’en réalité je n’aimais pas vraiment, mes parents n’ont pas de résidence secondaire à Juan-les-Pins, ni nulle part ailleurs, mes grands-parents ne possèdent pas de maisons ni de magasins dans ma commune de résidence, Dieu merci aucun élève ne m’a jamais corrompu ni tenté de le faire (!)… Je pourrais additionner ainsi tout ce qui n’est pas autobiographique dans ce roman, mais cela reviendrait à recopier celui-ci !

Beaucoup de romanciers mettent en scène des personnages qui leur ressemblent, ou qui ressemblent au moi qu’ils fantasment, même lorsque les personnages en question sont des personnages historiques. Sur ce point, je ne fais pas preuve d’originalité.

Voici ce que j’écrivais dans un de ces romans non aboutis que j’évoquais plus haut : « Ce roman n’en est pas un. Je crois que ce que j’écris là est une quête de moi-même, un long poème, un journal, un témoignage, un récit, une fiction. Je pars de mon enfance, mais ce n’est qu’un prétexte. Je pars de moi, mais la littérature, ce n’est pas parler de soi, c’est parler des autres, c’est parler aux autres. Mes sensations n’ont aucune importance, et c’est pourquoi je les exploite, je les triture, je les fouille jusqu’à les vider de leur sens, jusqu’à ce qu’elles ne m’appartiennent plus. »

En fait, le personnage principal de La saison du confort m’a été inspiré de la vie de Paul Gauguin telle qu’elle est racontée par Mario Vargas Llosa dans Le Paradis – un peu plus loin. Ceux qui ont lu ce roman comprendront sûrement : comme Paul Gauguin, mon personnage a abandonné sa famille, son métier, son milieu, ses habitudes, au profit d’une quête, celle d’un paradis lointain, pur, débarrassé de toute scorie existentielle.

Quant aux personnages secondaires, ils sont carrément tous le fruit de mon imagination. Désolé pour ceux qui ont cru s’y reconnaître ! Seul un peut être considéré comme « réel », mais seulement dans sa fonction, absolument pas dans sa psychologie.

Le choix d’un nom de plume peut se comprendre à la lumière de ces réflexions sur l’autobiographie. Prendre un nom de plume est une façon de mettre de la distance avec ce que j’écris, d’atténuer l’ambiguïté d’une frontière floue entre fiction et autobiographie. C’est aussi, accessoirement, un moyen de préserver ma vie privée et professionnelle.

« Je ne m’intéresse qu’au style »

C’est en ces termes que Louis-Ferdinand Céline parle de la littérature dans une interview qu’il accorde en 1959. C’est une idée que je partage largement. L’histoire que l’on me raconte m’importe peu ; ce qui compte, pour moi, c’est qu’elle soit bien écrite. Je voudrais donc évoquer maintenant quelques-uns de mes tics d’écriture, ce que j’estime être « mon style ».

Dans l’histoire de l’art, il est un mouvement auquel je suis sensible depuis longtemps : c’est l’impressionnisme. À ma connaissance, ce mouvement pictural n’a pas vraiment d’équivalent en littérature. J’ai le sentiment d’en être l’unique représentant, un siècle après Monet ! (Mais le débat est ouvert, je voudrais bien découvrir des auteurs qui à l’époque ont pu se revendiquer de l’impressionnisme).

Ainsi, je m’attache à décrire non pas seulement les choses ou les événements, mais surtout les émotions qui s’en dégagent, les impressions qu’elles font jaillir chez ceux qui les contemplent ou les vivent. Cela se traduit parfois par certaines formules opaques, à la clarté mal définie : « la vie tout entière semblait tendue vers un présent suave et pesant » ; « je voudrais extraire ce kwashiorkor de ce corps et de ce monde » ; « dès lors s’enclenche le mécanisme vicieux du désir : la pieuvre croît en lui mais n’est jamais nourrie » ; etc.

Aussi, je m’intéresse particulièrement à ce qui est subtil, trouble, ambigu, paradoxal. Je fuis le premier degré, les évidences, les idées toutes faites, les lieux communs, les facilités sentimentales, au risque, peut-être, de paraître provoquant ou dérangeant (bien que ce ne soit pas du tout ce que je recherche, voire que cela puisse me déranger moi-même). Je pense par exemple au personnage de Merveille dans La saison du confort. D’une maturité extrême, ce personnage est étrange, presque irréel. Et la relation que Merveille noue avec Joseph Meyer est d’une grande ambiguïté : empreinte de sensualité, cette relation est pourtant aussi marquée par l’innocence et la pureté. Pour comprendre mieux ce personnage, c’est vers le symbolisme qu’il faut se tourner, et non pas cette fois-ci vers l’impressionnisme : Merveille est un symbole, multiple et complexe – elle symbolise Haïti mais aussi les états d’âme de Joseph ; elle est également une vision de son passé, « l’Apparition » du spectre de Léopoldine. Je n’ai pas cherché à être cohérent !

Enfin, on ne peut pas bien apprécier La saison du confort si on n’en saisit pas la poésie. C’est un roman, mais c’est aussi, fondamentalement, un poème. Je le redis : je ne recherche pas toujours la cohérence, le réalisme (même si je fais quelques efforts tout de même). Je tente, par des images que j’espère originales, d’écrire un récit qui soit beau, tendre, lumineux.

Mes sources d’inspiration

J’ai déjà décrit plus haut ce qui avait pu m’inspirer pour ce roman : des anecdotes vécues ou observées, mon amour pour les régions intertropicales, mon intérêt pour certains sujets, la lecture d’un roman de Vargas Llosa, mon goût pour l’impressionnisme et la poésie… Pour terminer cet article, je voudrais vous faire entrer un peu dans la petite cuisine de l’auteur, en donnant quelques secrets de fabrication. Je m’en tiendrais aux trucs que j’ai piqués à d’autres écrivains.

Pêle-mêle :

– La formule « bien des années plus tard » qui ouvre l’un des incipits les plus célèbres, celui de Cent ans de solitude, d’un autre sud-américain, Gabriel Garcia Marquez. Je transforme cette locution en «  bien des années après » car j’utilise déjà la formule « trop tard » dans la phrase précédente. Je pique aussi à Garcia Marquez, avec beaucoup moins de talent évidemment, l’immixtion du surnaturel dans un récit réaliste.

– [ATTENTION DOUBLE SPOIL] Dans Je m’en vais, Jean Echenoz utilise un effet que j’ai trouvé génial : un même personnage ayant deux noms différents. Dans La saison du confort, certains lecteurs m’ont dit avoir tout de suite compris le procédé, d’autres ont eu la surprise de le découvrir lorsque cela est révélé (relativement tard dans le roman). J’avais anticipé les deux hypothèses, et je crois que le roman peut être également apprécié dans un cas comme dans l’autre.

– L’impressionnante faculté qu’a Fédor Dostoïevski pour sonder l’âme humaine, dans sa complexité et ses paradoxes. Mon ambition est de parvenir un jour à ce degré de virtuosité !

– Tous les romans de Dany Laferrière, pour leur drôlerie, leur sensualité et leur perfection à décrire les ambiances haïtiennes (odeurs, sons, paroles, sensations).

– Les romans de Jean-Christophe Rufin. Rufin est bien plus fin et précis que moi, autant sur le fond que sur la forme. J’apprécie chez lui sa capacité à faire vivre d’autres époques, d’autres lieux, à mettre en scène des aventures incroyables, et à décrire en quelques mots la complexité d’un raisonnement. Je lui ai « volé » une description médicale évoquée dans Un léopard sur le garrot pour filer une métaphore sur le mal qui s’insinue toujours dans nos vies insidieusement, progressivement, sans se faire remarquer.

– Le chapitre 5, qui ouvre la deuxième partie (« l’ordinaire famille d’Hyppolite zénodore ») m’a été clairement inspiré du début du Père Serge, un court roman de Léon Tolstoï (encore un Russe !). Ce roman est l’histoire d’un homme de haut rang, bien en vue, qui d’un seul coup plaque tout pour se faire ermite. Je vous mets au défi de lire les trois premières pages de ce roman sans vouloir continuer !

– Dans La saison du confort, quelques paragraphes un peu techniques sont consacrés aux Tropiques. C’est Francis Hallé, dans La condition tropicale, qui me les a fournis.

– Enfin je dois le titre de la première partie (« Le ravissement de Joseph Meyer ») à un roman de Jean Rolin, Le ravissement de Britney Spears, qui lui même doit son titre au roman de Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein. Le double sens du mot « ravissement » m’a semblé bien correspondre à ce que je racontais.

Pour conclure, je soumets à votre réflexion un autre extrait de ce roman non publié que j’ai déjà cité plus haut : « Je me fous de la vérité. Ce n’est pas elle que je recherche, ni dans l’écriture de ce récit, ni dans le sens de l’existence, ni dans la formulation des faits qui jonchent mon histoire, ni même dans la reconstruction d’une mémoire qui sélectionne ce qui pourra glorifier celui à qui elle appartient. Je n’ai rien oublié. Je me rappelle de tout. Mais ce tout et ce rien ne sont pas nécessairement le reflet de la vérité. Dostoïevski a écrit que s’il était prouvé que le Christ n’était pas la vérité, il continuerait tout de même de suivre le Christ plutôt que la vérité. Moi aussi, je choisirais ce en quoi je crois, ce qui a fondé ma vie, ce qui en a fait le sens, même s’il était évident que tout cela n’était que du mensonge. Je ne suis pas un menteur, pas plus qu’un autre, et même plutôt moins, je suis assez direct, parfois brutal, mais je dissimule volontiers, je maquille. Le maquillage n’est pas un mensonge, c’est une mise en scène. » Vous vouliez de l’ambiguïté? En voilà!

[Pour lire ou relire La saison du confort, c’est ici. Et pensez à commenter ensuite sur la page Amazon!]

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Premier roman

Il était dans les tiroirs depuis longtemps… Le premier roman de votre serviteur est enfin publié depuis le mois de juin 2018. La Saison du confort, tel est son titre. Si je n’ai pas écrit d’articles ici depuis si longtemps, ce n’est pas parce que je vous avais abandonnés, mais parce que mes temps d’écriture étaient consacrés à la rédaction de ce roman. Vous qui me suivez depuis plusieurs années, vous y retrouverez ce que vous appréciez dans ce blog, au service d’une histoire qui j’espère vous plaira : un regard sur l’intelligence de l’autre, la découverte de cultures et de paysages lointains, des aventures et des réflexions sur la nature humaine. Parce que l’autoplagiat n’est pas interdit, vous y trouverez même ici ou là quelques authentiques morceaux de l’Éternel été

« Lorsque les braqueurs sont entrés chez lui, Joseph Meyer était sur la terrasse. Il était allongé sur une chaise longue à bascule. Assise à ses pieds, Merveille avait posé la tête sur ses genoux et tous deux sommeillaient, l’un se berçant du souffle de l’autre. Les hommes dont les visages étaient vaguement cachés par des foulards se sont mis à hurler par saccades – des mots dans une langue douce sortant de bouches sévères – ils ont vociféré, ils ont tiré la main de la petite, va-t’en toi, Dieu merci ils ne voulaient pas de la jeune fille, elle a vacillé, elle hésitait, va-t’en on t’a dit, ils ont regardé Joseph, où est l’argent, il a voulu se déplacer, ils l’ont cogné, montre-nous, il a désigné son portefeuille, il n’y a que ça où est le reste, il n’y a pas de reste, ils ont mis un sac en toile de jute sur la tête de Joseph, puis un casque de moto pour cacher leur forfait aux yeux du monde, ils l’ont forcé à sortir, l’ont placé à l’arrière d’une moto, un homme devant un autre derrière, et puis une autre moto avec les deux autres qui les suivaient… »

La saison du confort s’ouvre ainsi, sur l’enlèvement d’un jeune Français, Joseph Meyer, à Port-au-Prince. L’ambassade de France est prévenue, mais un doute survient sur l’identité réelle du jeune homme. Pour savoir qui il est vraiment, le récit nous fait rencontrer tous ceux qu’il a pu croiser, en France, en Haïti, ou dans divers pays d’Afrique.

Notez par ailleurs que La saison du confort participe aux plumes francophones 2018, un concours d’écriture organisé par Amazon France, avec le parrainage de l’écrivain Bernard Werber. Chers lecteurs, en achetant ce premier roman (en version numérique ou papier), en le notant et en le commentant (positivement, bien sûr) sur Amazon, vous contribuerez peut-être à me faire gagner mon premier prix littéraire, et, quoi qu’il en soit, vous m’encouragerez à poursuivre mon travail d’écriture. Merci à vous ! Bonne lecture !

Le lien vers le roman est ici (France, Suisse et Belgique) ou (Canada) ou encore (États-Unis) et (Royaume-Uni). Bref, sur n’importe quel Amazon dans le monde.

Initiation à la sorcellerie

Récemment, Sibut, petite ville de Centrafrique où j’ai vécu pendant deux ans, a été le théâtre d’affrontements graves entre groupes rebelles et forces internationales. En entendant que la mort avait de nouveau frappé sur cette modeste bourgade du cœur de l’Afrique, j’ai repensé aux enterrements de Sibut. Ces enterrements complètement dingues.

Pendant plusieurs jours, on veille le mort, à la maison. Tout le monde défile, bois le café, mange, profite de l’occasion pour se saouler et se nourrir aux frais des endeuillés. Des nuits blanches pour veiller celui qui est entré dans l’obscurité ; pour ne pas le froisser aussi, pour lui dire « t’as vu mon vieux, on était là pour te soutenir dans ton passage vers l’au-delà ». Les Centrafricains savent que les morts ne sont pas morts. Ils vivent avec cette idée, et cela les soulage. Après les « place ti kwa » (veillées mortuaires), on procède à l’inhumation. Le cercueil parcourt la ville, le village, le quartier, et on danse, on chante, on tape dans les mains. On continue de vivre. J’ai vu, une fois, des jeunes se battre autour d’une tombe. Ils étaient chargés de porter le cercueil, et en arrivant au cimetière, au moment de déposer le cercueil dans son trou, ils se sont disputés, se sont battus. J’étais outré : quel manque de dignité, me disais-je… Allez savoir ce qui se tramait, quel petit jeu avec le mort ils étaient en train de jouer, quels signaux ils lui envoyaient.

Les Centrafricains ont un rapport avec l’irrationnel beaucoup plus soutenu que nous. Soutenu et oppressant. S’il est bien une chose qui m’a marqué, c’est bien cela : la relation aux morts, à la nature, la sorcellerie…

– Mais de quoi est-il mort ?

La réponse qu’on me donne est évasive, presque gênée. Deux ans auparavant, des élèves du collège où j’enseigne sont venus voir le directeur car l’un d’entre eux était gravement malade, allongé dans son lit, inanimé. Il s’avère que l’enfant mal en point est le fils du cuisinier. Celui-ci monte donc aux dortoirs, prend dans ses bras son fils endormi et l’emmène à l’hôpital avec le directeur. Très vite, le diagnostic tombe : l’enfant est mort. Son père l’avait déjà compris depuis l’instant où il était allé le chercher sur son lit. Il reprend l’enfant, retourne au collège et le replace dans son lit. Ce n’est que plus tard dans la journée qu’il sera emporté pour être nettoyé puis inhumé.

Je l’apprendrai plus tard : ce n’est pas un petit garçon que l’on a emmené à l’hôpital puis raccompagné au collège avant de l’enterrer, mais c’est un petit animal.

Dans le nord et l’est de la Centrafrique vit une ethnie qui s’appelle les Bandas. Certains d’entre eux, et même, de plus en plus, certains d’autres ethnies, savent métamorphoser les hommes en animaux. En général, ils ne le font pas par méchanceté, mais pour le commerce : ils vendent ensuite la viande sur les marchés. Mon directeur me rassure : « Je sais très bien reconnaître la viande métamorphosée, et tu ne risques pas d’en trouver dans ton assiette. » Il me raconte alors l’histoire de cette femme qui, en cuisinant des pattes d’antilope, aperçoit sur l’une d’elle un tatouage où est inscrit « Antoinette ». Il s’agissait d’une antilope issue d’une métamorphose.

Bien entendu, la métamorphose est illégale. Les procès contre ceux qui la pratiquent aboutissent souvent à des peines très lourdes. Si le sorcier déjoue lui-même le sortilège, la sentence peut être moins sévère. Le boucher qui avait métamorphosé Antoinette a été durement condamné. Un procureur qui instruisait un de ces procès dans la région des Mbré a vu son propre frère se métamorphoser dans le palais de justice. Le procureur a sorti son revolver – en plein procès, donc – menaçant le fautif de le tuer sur place s’il ne rectifiait pas immédiatement son sort. Il a fallu appeler le curé pour le calmer. Mon directeur, auparavant, ne croyait pas trop à la métamorphose, mais aux Mbré, où il fut ce curé, cette question était au cœur de son action, et le sujet principal de ses prédications. Un jour, au séminaire de Sibut, un habitant du quartier lui a amené une gazelle – c’était sa femme, Henriette. Il lui demanda de la maintenir ici en sécurité, pour ne pas qu’elle meure, le temps que le coupable soit démasqué et qu’il retransforme Henriette.

La métamorphose est progressive et visible à l’œil nu. En quelques minutes, des poils poussent, les membres et le visage se modifient, on se met à râler. Comme il faut un contact physique entre le sorcier et sa victime, il est assez aisé de retrouver le coupable. Un évêque, il y a quelques années, avait d’ailleurs commencé à se transformer pendant son prêche à la messe. Et il avait fallu agir vite pour le sauver.

Pendant des années, une panthère rodait autour du collège. Elle était apparue après la découverte d’une tombe profanée dans le cimetière « animiste » situé près de la propriété. Au Cameroun, des quantités d’hommes et de femmes tombent en esclavage d’une bien étrange façon. Ils meurent, on les enterre. Et la nuit, des pilleurs de tombe viennent les déterrer, les ressuscitent et les emploient de force dans leurs exploitations. Ils sont des centaines, des milliers, ainsi enchaînés pour l’éternité.

On m’explique également qu’il existe deux types de foudre. Il y a celle que nous connaissons, la « naturelle », provoquée par des phénomènes physiques que les scientifiques sont capables de très bien expliquer. Et puis il y a la foudre « envoyée », celle que des gens provoquent volontairement et qu’ils lancent sur votre maison. C’est dans ces cas qu’apparaissent des boules de feu qui vous pourchassent avant de vous griller. Cette foudre est très facilement identifiable : en quelques minutes, le ciel s’assombrit, une petite pluie fine s’abat sur nos têtes, et puis d’un coup le tonnerre gronde, et pendant très peu de temps la foudre éclate, avant de disparaitre et de laisser de nouveau place au ciel bleu. On apprend plus tard qu’il y a eu un mort. Et tout le monde sait ce qu’il s’est passé. Maîtriser la foudre est une arme redoutable. Sous l’empereur Bokassa, deux quartiers de la ville de Berberati (dans l’ouest du pays) s’en envoyait mutuellement, ripostant l’un contre l’autre continuellement. Bokassa lui-même avait fait une annonce à la radio pour que ces hostilités cessent, et il s’était même rendu sur place, avec son petit avion, pour donner plus de force à ses ordres.

D’ailleurs, Bokassa, empereur de Centrafrique dans les années 70, avait failli être rendu invincible. Un sorcier lui avait proposé ses services pour qu’il puisse être intégralement résistant aux balles de toute sorte. Mais comme le processus pour obtenir ce blindage lui paraissait risqué, il avait exigé qu’on l’essayât d’abord sur un de ses ministres. Le ministre, Monsieur Patassé, accourut, et dut souffrir tout le rituel : on le découpa en morceaux, on le mit dans une marmite où bouillait une mixture spéciale, on touilla le tout pendant un moment : le ministre en ressortit entier, recomposé, indemne… et invincible. Alors que Bokassa, enthousiaste, donnait les ordres pour qu’on lui fît subir le même sort, le sorcier lui répondit : « mon empereur, un seul homme à la fois, sur terre, peut bénéficier de cette protection. Quand monsieur le ministre sera décédé, je vous l’accorderai. » Fou de rage, Bokassa battit ardemment son ministre, pour qu’il mourût dans l’instant : il ne mourut pas mais garda en séquelles une blessure au visage. Bokassa est mort en exil. Et depuis, monsieur Patassé a pris le pouvoir en RCA, est devenu président de la République et a été destitué par un coup d’Etat : il est resté longtemps en vie, il a porté une cicatrice au visage, et il a survécu à des bombes tombées sur sa maison, à des attaques de l’armée française, à des balles tirées à bout portant. Il est décédé à l’étranger lorsque j’étais en mission, en 2011.

Peut-être est-il toutefois rentré en Centrafrique pour y être enterré. Beaucoup de gens qui meurent en dehors de leur pays prennent l’avion, comme tout le monde, avec bagages et passeport, et rentrent dans leur village pour l’inhumation. S’il le faut, le type avec qui j’avais un peu parlé dans l’avion en arrivant dans le pays était un mort. Qui sait ? Il serait peut-être retourné dans sa forêt peuplée de nains.

Il y a quelques années, des militaires français incrédules ont voulu vérifier si les nains des forêts – les Yonms – existaient bien. Ils sont partis à plusieurs dans les bois qui avoisinent Sibut. Les Yonms sont de très petits êtres portant une longue barbiche qui traîne jusqu’au sol ; doués d’une puissance surhumaine, ils s’agrippent de leurs jambes à votre taille et vous détruisent les côtes avant de vous emporter dans la forêt. Cependant, ils deviennent l’esclave de celui qui parvient à les battre. On apprend aux petits Centrafricains que pour s’en défendre, il faut se ceinturer d’une paille qui craquera au moment où le Yonm vous agressera de ses petites pattes. Une fois que son crâne touche le sol, il se sent vaincu et se soumet. Les militaires, ce jour-là, n’ont pas su se défendre ; l’un d’eux fut emporté. On ne le rendit qu’après des sacrifices et des incantations diverses. Devenu dingue, le pauvre malheureux dut être rapatrié d’urgence.

Ceux qui m’ont raconté ces phénomènes ne sont pas des fous. Ce sont même des gens lettrés, intelligents, ouverts sur le monde, ayant voyagé, d’ailleurs vaguement conscients de mon incrédulité (bien que je m’efforçasse de la cacher). Qui plus est, ce sont des prêtres catholiques, peu enclins aux superstitions douteuses. Mais c’est avec sérieux et naturel qu’ils ont parlé de tout cela. Ils n’ont pas manqué cependant de m’avertir : « tu ne pourras pas comprendre ».

Le « likundu » est le mot sango qui désigne la sorcellerie. Plus le temps a passé, plus je suis parvenu à comprendre ce phénomène. « Comprendre » est un bien grand mot pour parler de quelque chose qui, précisément, ne s’explique pas, est de l’ordre de l’irrationnel. On peut toujours analyser sociologiquement la sorcellerie, l’intellectualiser, en faire des thèses d’anthropologie ou des films documentaires effrayants comme les « ciné-transes » de Jean Rouch. Mais au final, il nous manquera toujours, à nous Européens, un je ne sais quoi, ce qui nous mettra forcément en colère devant l’absurdité des raisonnements liés à la sorcellerie.

Prenons d’abord le problème d’un point de vue juridique : la pratique de la sorcellerie est absolument interdite par la loi, et elle est sévèrement punie. Les peines peuvent aller jusqu’à la prison ferme, et quand on sait à quoi ressemblent les prisons centrafricaines, on se dit qu’il ne faudrait pas trop qu’on soit accusé d’avoir métamorphosé l’amant de sa femme ou envoyé la foudre sur la case du voisin.

Bien sûr, ce n’est pas parce qu’on « est » sorcier qu’on risque la prison, mais c’est parce qu’on « pratique » la sorcellerie. Car la sorcellerie est, en quelque sorte, héréditaire. Initiés très jeunes, les sorciers à l’âge adulte portent donc en eux ce don empoisonné, et ils ne peuvent s’en détacher. Entre eux, ils se reconnaissent parfaitement. Pour les non-initiés, il y a des techniques pour les repérer, ou, au moins, pour les éloigner. Par exemple, le jour des Rameaux, certains prêtres s’amusent à asperger la foule des fidèles à l’aide d’une plante spéciale qui brûle la peau des sorciers. Quel divertissement que de sentir le vent de panique dans l’assemblée et de voir déguerpir tous les sorciers ! Les voilà débusqués !

Lorsqu’un crime est commis, ou un vol, ou lorsque quelqu’un est gravement malade, il faut parfois s’adonner à quelques rites au cours desquels le nom des coupables sortent. Ceux-là n’ont plus qu’à fuir la région. Ceux qui sont pris finissent souvent par avouer.

Pendant mon séjour, un jeune homme de Sibut a eu une crise d’appendicite qui a mal été soignée. Après l’opération, il avait encore mal, il vomissait, la blessure s’infectait. Finalement, ses parents l’ont envoyé à Bangui. Pas tellement pour se faire mieux soigner, mais plutôt pour fuir ses camarades du lycée, jaloux de ses succès à l’école et avec les filles. Ces derniers, en effet, l’avaient « fétiché », et la médecine ne pouvait donc pas grand-chose pour lui. La médecine moderne ne guérit pas le likundu.

Il y a quelques années, à Douala (Cameroun), quelques amis sont en train de prendre un verre dans un bistrot. L’un d’eux, voulant se venger d’un autre pour une raison qui m’est inconnue, se décide à lui mettre un poison dans son verre. Pour cela, il se métamorphose en mouche et vient au bord du verre pour y déposer le remède fatal.

Expliquons un peu le phénomène de la métamorphose. J’ai fini par comprendre que cela consiste, en quelque sorte, à placer son âme dans le corps d’un animal. Donc, physiquement, on reste en place (contrairement à ce qu’on m’avait laissé entendre au début), mais notre âme, elle, est métamorphosée. Quand on a été métamorphosé, on est donc comme hébété, dans un état de stupeur qui peut conduire à la mort (la mort survenant avec celle de la bête dans laquelle est nichée notre âme). En général, on métamorphose quelqu’un pour la viande. Pour le manger, donc. On peut parfois aussi se métamorphoser soi-même, quand on a une opération spéciale à accomplir, et c’est exactement ce qu’a fait notre homme-mouche. Seulement voilà : son ami, en apercevant la mouche qui s’approche de son verre, comprend de quoi il s’agit. Aussi, il parvient à enfermer la mouche dans le verre en bouchant celui-ci avec sa main. Aussitôt, l’ami métamorphosé se met à pâlir, à transpirer, il étouffe, tourne de l’œil… Tout le monde est étonné en le voyant, nul ne parvient à comprendre. Il finit par prononcer à sa victime transformée en bourreau : « pardonne-moi, libère-moi, je t’en prie… » Après s’être fait bien supplier et avoir amené son ami presque à la mort, le bourreau libère la mouche, et le sorcier reprend vie.

Sur le même sujet, je peux vous livrer la rédaction d’un élève : « Un jour à Bambari (préfecture de la Ouaka), le 1er avril 2002, ma mère m’a envoyé acheter du pétrole. Il était 21 heures. Tout à coup apparaît devant moi un homme habillé d’un grand boubou blanc tenant une épée à la main (c’est un fantôme). Il commence à me poursuivre sur la route pour me tuer, mais j’ai crié d’une manière folle en pleurant vers le marché où se trouvent les jeunes. A mon cri, les jeunes sortent et commencent à crier « au nom de Jésus ! ». Et le fantôme a disparu. Les jeunes me prennent et m’emmènent à la maison avec mon argent et la lampe cassée ; puis je prie. Je dis : « maintenant on ne m’enverra plus au marché à 21 heures. »

Les Centrafricains nous content assez librement ces récits. Et ils sont toujours surpris d’entendre qu’on n’y croit pas trop, que cela nous dépasse totalement, d’autant plus que la littérature et le cinéma occidentaux les abreuvent d’histoires fantastiques. Pour eux, les auteurs d’Harry Potter, du Seigneur des Anneaux, de Spiderman ou des Quatre Fantastiques n’ont fait que raconter leurs propres expériences… Il y a peut-être là, effectivement, un paradoxe qui indique que l’Occident ne s’est pas encore tout à fait libéré de ses fantasmes surnaturels. La différence, c’est que nous, nous avons tout rationalisé, y compris les rêves, les sentiments, la peur. Eux considèrent que tout cela est extérieur à eux.

Le somnambulisme, par exemple, les effraie. De même, beaucoup d’élèves m’ont dit que j’étais fou de garder un masque accroché sur les murs de mon bureau : si celui-ci venait à prendre vie, il pourrait me faire beaucoup de mal. Mais le masque est resté sur le mur. Et la nuit, j’ai été plus souvent dérangé par les souris que par lui.

Le likundu est très fortement associé en la croyance que les morts ne sont pas morts. C’est pourquoi, d’ailleurs, un malade qui n’aura bénéficié d’aucun soin par souci d’économie, se verra gratifié d’obsèques extraordinairement coûteuses : on se méfie des morts, et on préfère toujours les avoir de son côté. On ne voudrait pas qu’ils se vengent de ne pas avoir été honorés dignement.

Et, effectivement, les morts sont parfois bienveillants. A Bangassou, dans l’est de la Centrafrique, un jeune garçon se rendait à la veillée pascale. Sur le chemin, de nuit, il est seul. Il traverse un petit bois qui mène à l’église. Et, soudain, devant lui, une personne apparaît. C’est une jeune fille, de dos, qui le précède dans la même direction. Il l’interpelle : « attends-moi, allons ensemble ». Il court un peu pour la rattraper, et elle disparaît aussi subitement qu’elle était apparue. Comme on ne parle jamais des fantômes la nuit, le garçon attend le lendemain matin pour narrer l’histoire à sa mère. Celle-ci lui répond : « ça devait être ta grande sœur. Elle aura voulu te protéger pendant ton trajet. »

Sa grande sœur était décédée bien des années auparavant, avant sa naissance à lui. Elle était encore un bébé, mais elle n’en est pas moins sa grande sœur, et elle protège son petit frère, un solide collégien.

Je dois admettre aussi qu’avec ces histoires, on cherche à me provoquer, à m’effrayer. Il faut voir de l’humour, voire de la moquerie, dans les comportements et les paroles que j’entends. Et lorsque j’écris « les centrafricains », je sais que je généralise à tort: mon expérience est limitée à un village plutôt traditionnel, dans une région ayant sa culture propre. la Centrafrique reste une mosaïque de culture.

Le 2 novembre 2009, en Centrafrique depuis un mois et demi, voici ce que j’écrivais dans mon carnet de notes :

« Il a plu toute la matinée, dès la fin de la nuit. J’ai pensé que la messe pour la fête des morts serait annulée. On n’avait pas sonné les cloches pour appeler les fidèles. Finalement, peu avant 8h30, ça a sonné. J’ai pris ma cape de pluie, et je suis sorti. Il n’y avait encore personne dans l’église mais on apprêtait l’autel. Alors je suis rentré, et j’ai prié pendant une heure, le temps que l’église se remplisse un peu. A 9h30, l’office a démarré. Au bout de deux heures, l’assemblée sort et se rend en cortège au cimetière d’à côté. Pendant que le curé bénit le terrain mortuaire en jetant de l’eau sur la terre et les stèles, nous chantons. Devant moi, il y a une petite fille d’une dizaine d’années aux traits fins. Elle est belle. Elle porte une robe en coton, et un habit bleu à grosses cotes : les mailles sont resserrées au niveau de la poitrine, mais au niveau des épaules et du ventre, elles sont plus lâches, au point de laisser voir sa peau tendue derrière. Et je ne peux pas m’empêcher de trouver beau ce ventre arrondi et ballonné par la malnutrition. Je regarde son ventre, je regarde son visage, et j’ai envie d’y poser mes mains. Je ne peux plus me concentrer sur l’étrange cérémonie funeste qui se déroule tandis que je contemple ce corps bien vivant. La pluie a cessé depuis un moment déjà ; seules quelques gouttes tombent encore. »

(D’après La Captivante – méditations sur l’Afrique)

L’Ethiopie, voyage à la source de l’odyssée humaine

L’Ethiopie, berceau de l’humanité, tel est le lieu commun qui m’a fait revenir dans ce beau pays dont j’avais visité l’est et le sud en août 2013. L’Ethiopie est la terre qui vit mourir le premier « homme », Lucy ; c’est une vieille civilisation antique puisant ses mythes fondateurs dans l’union du roi Salomon et de la reine de Saba ; c’est là que se perd l’Arche d’Alliance ; c’est de là que provient originairement le café, 2ème produit du commerce mondiale aujourd’hui ; c’est l’ancienne Abyssinie et ses chrétiens coptes, ses monastères, ses églises troglodytes ; c’est le pays qui fascina tant Rimbaud et Monfreid ; ce sont ces Négus qui se succèdent, ces rois des rois, tels Ménélik ou Hailé Sélassié alias Rastafari ; ce sont des paysages qui nous rappellent les premiers temps de la Terre. J’avais déjà raconté mon premier voyage à Addis Abeba, Harar puis dans la vallée du Rift. Déjà alors j’évoquais mon excitation à visiter ce pays, terre de légendes soigneusement entretenues.

Même si la réalité est toujours en-dessous de nos fantasmes, je ne fus pas déçu de ce deuxième séjour, dans le Nord cette fois-ci. Le parcours que j’ai effectué en février 2015 – avec mon père – est communément désigné par les guides comme la « route historique ». Il correspond en effet plus ou moins à l’ancienne Abyssinie, royaume antique, médiéval, moderne, christianisé dès les premiers siècles de notre ère.

Beta Ghiorghis, Lalibela, Ethiopie
Beta Ghiorghis, Lalibela, Ethiopie

C’est à Lalibela que notre voyage a commencé. Lalibela, ce nom sonne comme un chant dans l’histoire de la chrétienté africaine. C’est dans cette petite ville – la nouvelle Jérusalem – que l’on dénombre onze églises hypogées, cas unique au monde : dans la roche, elles ont été creusées sur plusieurs mètres de profondeur. Pour y entrer, il faut d’abord descendre par des galeries et des tunnels tortueux, rejoignant les églises les unes aux autres. Ces églises sont réparties sur deux principaux sites absolument impressionnants. Le troisième site est en fait constitué d’une seule église (« Beta Ghiorghis»), sans doute la plus célèbre, et surtout la plus photogénique car c’est la seule qui ne soit pas protégé ; toutes les autres ont été recouvertes de toits hideux qui sont probablement très efficaces dans leur rôle mais qui bousillent totalement les perspectives et qui – c’est peu de le dire – ne mettent pas en valeur les églises.

 

De Lalibela à Axoum, et en particulier dans le Tigré, l’on peut visiter de nombreuses autres églises troglodytes, remontant pour certaines au moins au IXème siècle (au Vème d’après le clergé local). Le Tigré est une région fascinante. Paysage de rocaille, d’une sécheresse intense en cette saison, il offre de superbes panoramas de montagnes grises, de cailloux entre lesquels émergent parfois quelques jardins délicieux à la faveur d’un oued non encore tari. Par le passé, les Tigréens ont été victimes de famines, et tout laisse à penser en effet que la soudure entre deux saisons des pluies doit être difficile.

Route Lalibela/Axoum
Route Lalibela/Axoum

La route est égrenée de micro villages ou de fermes isolées. Nous croisons ainsi des gens tout le long de la route. Des êtres beaux et longilignes – hommes, femmes, enfants – cheminent, peut-être d’un village à un autre, vers un puits, un marché, un ami… Heureusement pour eux que la route est peu fréquentée par les véhicules, car nous remuons une poussière impressionnante qui s’échappe en tourbillonnant derrière nous. Parfois, sortant du néant apparaissent des villes sans banlieue, plantées au milieu du reg : Abiy Adi, Adwa, Axoum, puis Shire, Debark, Gondar, Bahar Dar…

Stèles d'Axoum, Ethiopie
Stèles d’Axoum, Ethiopie

Axoum s’avère décevante. Il est difficile de s’imaginer que sur le même site se dressait autrefois la capitale d’une brillante civilisation, dont il ne reste maintenant que des vestiges : un champs de stèles de plusieurs dizaines de mètres de haut, dont le mystère réside dans leur érection et surtout leur transport (car la pierre dans laquelle elles ont été taillées se situe à 4 kilomètres) et dont la restitution par l’Italie qui les avait volées sous Mussolini a fait l’objet de multiples rebondissements ; des tombeaux en veux-tu en voilà, à faire pâmer tous les Indiana Jones amateurs et professionnels ; l’église Sainte-Marie de Sion datant du IVème siècle, détruite à plusieurs reprises puis reconstruite au XVIIème avant d’être salement restaurée récemment ; la mythique chapelle où serait déposée l’Arche d’Alliance depuis son ravissement par Ménélik, fils du roi Salomon et de la reine de Saba, mais que seul son gardien peut voir – sans doute le mystère le plus fascinant de l’histoire de l’humanité : là encore, Indiana Jones doit en rêver. Un site toutefois vaut vraiment le détour : c’est le monastère de Pantalewon, perché sur les hauteurs d’Axoum. Pour l’atteindre depuis le « parking » des tombes des rois axoumites Kaleb et Gabra Masqal, il faut marcher une petite demi-heure sur un chemin bordé de murs en pierre et traversant un paysage sec où sont installés quelques modestes communautés paysannes. Arrivé au monastère où des « étudiants » récitent la Bible en guèze à voix haute dans une harmonieuse cacophonie, il faut encore escalader un raidillon avant d’arriver à une minuscule église qui ne paye pas de mine mais qui surplombe un paysage magnifique. L’intérieur de l’église est richement décoré de fresques et d’icônes anciennes ; au sous-sol, des tombeaux dont le prêtre nous montre l’accès par une trappe. Peu de touristes viennent jusque-là, sans doute effrayés par la (pourtant courte) marche que cela nécessite ; ils ont tort, selon moi.

Vue d'Axoum, depuis le monastère de Pantalewon, Ethiopie
Vue d’Axoum, depuis le monastère de Pantalewon, Ethiopie
Chapelle de l'Arche d'Alliance, Axoum, Ethiopie
Chapelle de l’Arche d’Alliance, Axoum, Ethiopie

Nous restons un peu moins de deux jours à Axoum, puis nous prenons la route pour Shire, ville sans autre intérêt que d’être une étape vers Gondar. Le trajet est interrompu par un incident sans grande gravité mais assez impressionnant : sur la route, un garçon s’est littéralement encastré le pied dans son vélo, entre le cadre et la roue (difficile à expliquer quand on ne connaît pas tous les termes techniques !). Le pauvre enfant souffre atrocement, d’autant plus que sa douloureuse situation est probablement la cause d’une belle chute. Toute une populace a accouru d’on ne sait trop où et se masse en hurlant devant l’accidenté. Tout le monde semble y aller de ses conseils. Finalement, l’enfant est sorti de son piège. Immédiatement il cesse de pleurer et s’évanouit ; un vieux papa le prend dans ses bras et l’emmène Dieu sait où. Le minibus repart.

Nous passons la nuit à Shire. Le lendemain très tôt, vers cinq heures, tandis qu’il fait encore nuit et que les premiers habitants de la ville sortent de chez eux à l’appel du muezzin, nous arrivons à la gare routière – une immense gare routière, où les bus sont tous bien rangés les uns à côté des autres, laissant le centre de la place vide. Ce n’est finalement qu’à 6h40 que le bus s’ébranle. Commence alors un trajet un peu pénible, car les places sont très étroites pour nos longues jambes. Il fait chaud, nous manquons d’air. La route est goudronnée sur plusieurs dizaines de kilomètres et finit par laisser la place à une piste de qualité convenable. Cependant, nous sommes en montagne, et nous ne cessons de monter des cols pour redescendre dans des vallées le plus souvent asséchées. Nous arrivons finalement aux alentours de treize heures à Debark, où nous attend Guizmou, un jeune guide qui doit nous emmener dans le parc du Simien, « roof of Africa ». Il a loué pour nous un 4×4 et nous sommes escortés d’un cuisinier, d’un cuisinier-adjoint, d’un scout armé, et de deux muletiers. Six personnes à notre service pour une randonnée, je ne suis pas habitué !

Pendant quatre jours, nous marchons donc au milieu de paysages époustouflants (au sens figuré, mais aussi au sens propre : nous sommes à plus de 3000 mètres d’altitude). Je laisse les photos s’exprimer :

 

J’aime la marche et plus généralement les défis sportifs. J’aime me dépenser, transpirer, j’aime me sentir sale, surprendre mon corps qui me tire, frotte, lance : je me sens exister. J’aime plus encore cela dans un cadre magnifique, et dans un contexte de découverte d’une nouvelle culture. Car sur ces montagnes vivent des populations, probablement des petits paysans et des éleveurs, arrondissant un peu leurs revenus grâce au tourisme balbutiant de leur région.

Le cinquième jour de ce trek, après une gentille balade au-dessus de 4000 mètres le matin, un 4×4 nous emmène à Gondar, où nous arrivons en début d’après-midi. Quelle joie de retrouver le confort d’un hôtel propret ! Car après cinq jours de marche sous un soleil harassant et quatre nuit de camping à une température frisant les 0°C, après cinq jours à transpirer sans pouvoir se laver, cinq jours à remuer une poussière qui s’est incrustée partout, cinq jours sans pouvoir chier convenablement, nous sommes immondes : les cheveux hirsutes, le visage noirci, non seulement les pieds mais aussi le corps tout entier plein d’escarbille, les vêtements dans un état lamentable. Nous puons. Arrivé dans la chambre, je me jette sur le lavabo pour récupérer tant bien que mal mon pantalon méconnaissable (et j’y parviens à peu près), puis sur la douche. Je vois s’échapper dans la bonde toute la crasse qui se mêle à l’eau chaude… Joie !

Cité royale, Gondar, Ethiopie
Cité royale, Gondar, Ethiopie

Gondar est l’autre capitale historique du pays. Contrairement à Axoum, elle a conservé un patrimoine plus important, mieux préservé – mais aussi moins ancien. Gondar fut le centre névralgique du pays à l’époque moderne. C’est une belle ville. Le site le plus impressionnant est probablement le Fasil Ghebbi (cité royale), ensemble de palais construits entre le XVIIème et le XVIIIème siècle. Nous déambulons pendant plus d’une heure entre ces bâtiments qui ressemblent à des châteaux forts, certains à l’état de ruines, d’autres encore bien debout. Là encore, je regrette que le site ne soit pas mieux mis en valeur. Comme beaucoup d’autres en Ethiopie, il a bénéficié de nombreux subsides de l’UNESCO, mais on se demande comment ils ont été utilisés.

Murailles de la cité royale, Gondar, Ethiopie
Murailles de la cité royale, Gondar, Ethiopie
Bains de Fasilidas, Gondar, Ethiopie
Bains de Fasilidas, Gondar, Ethiopie

A Gondar, nous visitons également les « bains de Fasilidas », lieu reposant et étonnant : autour d’une sorte de chapelle a été creusé un large bassin, vide le jour de notre venue, mais que l’on remplit les jours de fêtes, pour des baptêmes ou autres cérémonies du même genre. Ce bâtiment semble flotter au milieu d’un jardin calme, aux arbres plus que centenaires.

Nous passons les deux derniers jours de notre périple à Bahar Dar, adorable cité au bord du lac Tana, à proximité de la source du Nil bleu. Bahar Dar a le charme des stations balnéaires des climats subtropicaux. Nous marchons en ville, goûtant à son ambiance méditerranéenne. Nous sirotons des Coca au bord de la piscine d’un hôtel de luxe (où nous ne couchons pas). Le temps nous manque pour profiter de son principal centre d’intérêt : la visite des monastères où se sont retirés depuis plusieurs siècles des moines orthodoxes, sur les îles du Lac Tana.

Lac Tana, Bahar Dar, Ethiopie
Lac Tana, Bahar Dar, Ethiopie

Non loin de là, une source jaillit et chute : c’est le Nil. En amont de cette chute, l’une des deux sources du majestueux fleuve (l’autre source, celle du Nil blanc, est au Rwanda) contribue à alimenter le lac Tana. Bahar Dar, en Ethiopie, est donc la ville qui a été construite à proximité du lieu d’où part l’un des plus beaux miracles de l’Histoire : l’Egypte, première grande civilisation, apparue en plein désert!

Sénégal, voyage initiatique

Le Sénégal a été le premier pays d’Afrique Noire que j’ai visité. Pour moi, c’était une plongée dans la réalité d’une Afrique jusque-là fantasmée. Le 23 février 2008, à 00h30, j’atterrissais à l’aéroport de Dakar – en pleine nuit, donc – et je découvrais, en posant le pied sur le tarmac, la chaleur humide des Tropiques, les odeurs de l’Atlantique toute proche, puis, dès le lendemain matin, la pagaille africaine de la gare routière, les Francs CFA, les taxis-brousse, le temps qui disparait, la jovialité (parfois feinte), les arnaques contre les toubabs, les ravages du tourisme de masse dans les pays pauvres, les ambiguïtés de l’aventure humanitaire, les pépites et les imprécisions du Guide du Routard, le rythme endiablé des tambours, les paysages au bord du Sahara, une faune et une flore envoûtante… Tout ceci, le voici en photos:

13 mois de soleil

Le calendrier éthiopien a cela de particulier qu’il comporte 13 mois, le dernier étant nettement plus court que les autres (5 ou 6 jours), ce qui permet à la propagande touristique d’affirmer qu’en Éthiopie on passe treize mois de l’année sous le soleil. C’est assez bien vu, mais ce slogan met de côté les saisons de pluies et de froid, dont j’ai eu l’occasion de goûter un échantillon. Cela me fait penser à ces Bretons qui prétendent qu’en Bretagne on voit le soleil tous les jours… au moins une fois par jour. Moi qui ai passé quelques étés en Bretagne, je peux affirmer que même sous cet angle, ce n’est pas vrai.

Toutefois, l’Ethiopie est un pays que je recommande mille fois. Car là-bas, il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets.

Harar, août 2013
Harar, août 2013

Si vous aimez l’histoire et la culture, vous avez de nombreux sites archéologiques, notamment celui où l’on a retrouvé Lucy. Vous avez également de vieilles cités antiques ou médiévales telles que Harar, ou Axoum et Gondar.

Si vous aimez la spiritualité, vous avez les églises troglodytes de Lalibela et les 99 mosquées de Harar, que je n’ai pas comptées. Vous rencontrerez une des communautés chrétiennes les plus anciennes : les Ethiopiens orthodoxes, chrétiens depuis les premiers siècles. Vous trouverez le souvenir des Falachas, les seuls juifs noirs de la planète, dont la plupart ont toutefois migré en Israël.

Hyènes à Harar, août 2013
Hyènes à Harar, août 2013

Si vous aimez la randonnée, la nature, l’observation de la faune et de la flore, vous avez le parc national des lacs Abijata et Shalla où fourmille une faune fantastique ; les Monts du Balé où vous trouverez des parcours de trek bien organisés ; les sources du Nil Bleu ; les déserts de sel du Danakil, lieu le plus hostile de la planète ; les sources chaudes de Sodéré ou de Garagadi : le parc national d’Awash; le parc du Simien, magnifique… Certes, si ce sont les « Big Five » qui vous intéressent, c’est plutôt le Kenya ou la Tanzanie qu’il vous faut, mais vous saurez peut-être vous contenter des hyènes, des hippopotames, des pélicans, des chameaux, tous très accessibles…

Si vous aimez l’authenticité des peuples encore peu soumis aux ravages de la mondialisation, vous avez les confins du Sud et de l’Ouest où vivent les les Arsi, les Woleyta, les Oromo, les Konso, les Erboré…

Si vous êtes Rastas, vous aimerez peut-être la communauté de Shashemene, composée essentiellement de noirs américains et caribéens venus retrouver la terre mère dès les années 1950.

Si vous goûtez peu à l’Afrique, ses misères, son foutoir, ses fournaises, ses routes harassantes, les grandes destinations sont desservies par les avions de la très sûre compagnie Ethiopian Airlines, en plein développement. Vous pourrez très facilement vous connecter sur Internet; le réseau de téléphonie mobile fonctionne parfaitement bien. Vous trouverez des hôtels aux standings internationaux. Le climat est dans beaucoup de régions très supportable car la tropicalité est nuancée par l’altitude.

Si vous n’êtes pas très riches, vous avalerez des plats locaux aussi bien que des pizzas, burgers, lasagnes, pour 3 à 6 euros (boisson comprise); vous serez logés très convenablement pour 10 euros; vous vous déplacerez très facilement en minibus, en tuk-tuk ou en taxi. Les routes sont de très bonne qualité dans l’ensemble.

Toutefois, vous ne couperez pas aux harangues incessantes; vous n’échapperez pas à ces indigents et ces estropiés qui se traînent par terre et qui puent; vous trouverez difficilement des petit-déjeuner de qualité, le service dans les restaurants et ailleurs sera parfois à désirer; vous arriverez à vous faire comprendre en anglais pour l’essentiel mais vous ne pourrez pas converser sur Schopenhauer ou sur la crise de la dette; vous aurez parfois le sentiment d’être une vache à lait, il faudra batailler dur pour ne pas vous faire arnaquer et vous vous ferez arnaquer quand même.

Quant aux femmes éthiopiennes, je me suis demandé sur quoi reposait leur réputation en rentrant de mon premier voyage dans l’Est et le Sud. Dans le Nord, j’ai compris! Mais ce n’est pas le plus important, la beauté de l’Ethiopie est ailleurs…

Pour plus d’informations, lire mes articles sur l’Ethiopie:
– Addis Abeba
– Harar et Dire Dawa (Est)
– La vallée du Rift et Awasa (Sud)
Lalibela, Axoum, Gondar, Bahar Dar, Parc du Simien (Nord)

Autour du Lac Langano, août 2013
Autour du Lac Langano, août 2013