Archives du mot-clé armée française

Oui, l’armée française est utile en Centrafrique!

Que se passe-t-il en République Centrafricaine ? C’est la question à laquelle je vais tenter de répondre brièvement, tandis que des centaines de militaires français sont en train de se déployer sur le territoire de ce pays mal connu d’Afrique Centrale. Depuis qu’une coalition rebelle a chassé le président de la République – François Bozizé – pour le remplacer par leur chef – Michel Djotodia – le pays sombre progressivement dans la violence. Les journalistes eux-mêmes semblent un peu désarçonnés par la situation d’un pays dont ils sont incapables de comprendre les enjeux et les défis, pour la simple et bonne raison qu’ils ont découvert son existence en décembre 2012 lorsque quelques clampins ont eu la curieuse idée de jeter des cailloux sur la clôture de l’ambassade de France à Bangui.

Quel message ces clampins voulaient-ils passer ? Et à qui ? Qui les manipulait ? Je n’en sais rien, et ce n’est pas très important. Le plus grave, c’est que quelques jours plus tard, une alliance de groupes armés, appelée la Seleka, prenait la ville de Sibut, ville de brousse que je connais bien pour y avoir vécu de 2009 à 2011, à moins de 200 kilomètres de la capitale, Bangui. Il ne restait plus qu’à ces rebelles de foncer tout droit sur l’un des meilleurs tronçons de route du pays ; et c’est ce qu’ils firent le 24 mars 2013, avant que la saison des pluies ne vienne empêcher toute offensive. Le président Bozizé s’enfuyait donc, et Djotodia devenait président de transition. Ses mercenaires – si efficaces et si disciplinés dans la conquête de Bangui – sont alors devenus incontrôlables, et se sont dispersés dans le pays pour y semer le désordre.

Djotodia impuissant, l’Etat déjà faible disparaît. Dans le courant de l’été, la plupart des journalistes oublient la République Centrafricaine pourtant en situation de quasi guerre civile, victime de massacres de masse, voyant s’affronter les mercenaires livrés à eux-mêmes et des milices citoyennes qui se défendent. La crise s’aggrave d’autant plus que vient s’y greffer une composante religieuse. Les rebelles qui ont pris le pouvoir sont en majorité des musulmans (pas des islamistes, mais des musulmans) et s’en prennent le plus souvent aux chrétiens. Aussi, ces derniers, menacés, répondent aux massacres et aux églises incendiées par des massacres de musulmans et des incendies de mosquées.

Donc, à la question « mais que vient faire l’armée française dans ce bourbier ? », je réponds : aider l’Etat centrafricain à rétablir l’ordre, à enrayer l’escalade de violence, à pacifier les populations, et peut-être à permettre à l’Etat de retrouver sa souveraineté sur tous les territoires. Il faut ajouter que la France n’agit pas seule : sous mandat de l’ONU, elle travaille avec des forces panafricaines.

Depuis une semaine environ, les journaux nous abreuvent d’informations concernant ce pays et l’évolution des opérations de l’armée française. Mes élèves centrafricains, mes anciens collègues, mes amis, sont à peu près unanimes dans leurs jugements : ils se réjouissent de la présence de l’armée française, ils exultent à l’idée que la Seleka puisse être désarmée, ils rêvent du départ rapide de Djotodia, ils dénoncent leurs voisins possédant des armes. La hiérarchie de l’Eglise centrafricaine, depuis des mois, tient des positions audacieuses et subtiles contre le nouveau pouvoir, et tente d’apaiser les tensions entre les communautés religieuses.

Je ne suis pas un spécialiste de géopolitique, mais je crois sincèrement que François Hollande dit vrai quand il prétend que cette opération n’a pas d’autre but que d’empêcher les massacres. La République Centrafricaine est un pays depuis longtemps délaissé. Pays enclavé, peu dense, aux perspectives d’avenir guère encourageantes, elle ne constitue vraiment pas un enjeu hautement stratégique, ni pour la France, ni pour aucun autre pays : même ses voisins – Cameroun, Tchad, les deux Soudan, les deux Congo – ne semblent pas particulièrement perturbés par son effondrement.

La France, alors, n’aurait aucun intérêt dans cette affaire ? Elle viendrait seulement défendre les droits de l’Homme, comme ça, gratuitement ? Je ne sais pas, mais je ne crois pas. Outre que la RCA présente quelques ressources (or, diamant, bois, pétrole, uranium), une telle intervention redore l’image de la France en Afrique, elle assoit son influence, sa popularité, et en touchant la RCA, la France atteint peut-être l’ensemble du continent.

Pour des analyses beaucoup plus pertinentes que la mienne :
– Un excellent article dans Diploweb vous prendra une petite heure mais vous expliquera tout ;
– Le journal « La Croix », depuis des mois, publie d’excellents articles sur le sujet ;
– RFI-Afrique est la radio sur laquelle il faut se brancher.

(PS: la photo n’est pas de moi. Je l’ai piqué sur Facebook à un de mes anciens élèves qui vit maintenant en France; je ne sais d’où il la sort.)